• Truong-Chi et My-Nuong

     

     

    Truong-Chi  & My-Nuong 

         (ou « La légende du Cristal d’Amour »)       

    Kitty

     

     

    Il était une fois une belle jeune fille qui vivait dans la chambre à l’ouest d’un château au toit pointu au milieu d’un large jardin de saules pleureurs. Elle s’appelait My-Nuong, la fille adorée d’un riche mandarin.

     

    Elle était belle, mince. Sa complexion était délicate, et derrière de long cils sombres étincelaient deux grands yeux noirs. Elle était tellement belle et charmante que chaque fois qu’elle se montrait à sa fenêtre en forme de lune, le soleil venait éclairer son visage, la brise lui apportait les plus agréables parfums des fleurs, les gouttes de rosée scintillaient dans l’herbe pour lui faire plaisir, et les oiseaux lui chantaient en choeur leurs plus belles chansons. Autour d’elle il y avait plusieurs demoiselles d’honneur et de jeunes servantes pour la servir et lui tenir compagnie.  Ses parents l’adoraient énormément et ne lui refusaient rien qui pourrait la rendre heureuse et gaie.

     

    Cependant, la belle My-Nuong n’était pas heureuse, elle était atteinte du mal d’amour.

     

    Jour et nuit elle rêvait d’un mystérieux étranger qui avait l’habitude, à la tombée du jour, de promener sa petite barque sur la rivière, là bas, au delà du jardin, en  chantant des chansons. Et qu’elles étaient belles, ses chansons ! Il chantait comme s’ il connaissait les plus belles mélodies de la terre. Il semblait avoir saisi le doux murmure des vents, le clapotis des ruisseaux, les joyeuses notes des oiseaux, et les mettre dans ses chansons. Il chantait la gloire des rayons du soleil, la beauté et la fraicheur des jeunes bourgeons, la verdure des rizières, et le doux parfum des fleurs. Il s’émerveillait devant le changement incessant de la nature, les diverses nuances de l’arc-en-ciel, la pureté virginale des nuages, l’insondable voûte du ciel, aussi bien que la clarté et la plendeur de la lune et des étoiles.  Il chantait son amour de vivre, son amour pour la nature et l’humanité, et quand il exprimait sa gratitude au ciel pour ces merveilles sa voix était tellement douce et éthérée qu’aucune autre voix humaine ne pourrait lui être comparée.

     

    My-Nuong languissait de le rencontrer, et en était très maheureuse, car, comme toutes les autres jeunes ladies de son temps, elle vivait en isolement et n’était pas autorisée à voir des hommes, sauf ceux de sa famille.

     

    Comme elle devenait de plus en plus triste, le soleil lui disait :  « Réjouissez-vous, ma douce lady, et soyez heureuse, car la vie et la jeunesse sont des bénédictions de la nature ». Mais se réjouir, elle ne le pouvait pas. Elle se désintéressait de la nourriture, des beaux bijoux que sa mère lui donnait. 

     

    Parfois, la lune, sa meilleure amie, se montrait à travers les feuilles de bambou lui souriait et lui disait : « Quelle belle jeune lady vous faites ! Ne soyez plus triste, et  faites moi un sourire ! »

     

    Mais sourire, elle ne pouvait pas, et elle se sentait plus misérable que jamais.

     

    « Oh ! Si seulement le mystérieux étranger était là », soupirait-elle, « Je pourrais voir son beau visage et ses manières d’homme – car il devrait être un noble prince et un illustre lettré. Et puis il s’émerveillerait devant ma beauté, et tomberait amoureux de moi. Il choisirait les plus belles chansons pour exprimer son amour pour moi, et chanter mon charme.  Et quand il me regarderait droit dans les yeux, je pencherais ma tête modestement, exactement comme font les autres jeunes ladies ! » …

     

    Elle ne prenait plus de plaisir à comtempler les rayons du soleil, ni à écouter les oiseaux, ou sentir le doux parfum des fleurs.

     

    Le soir, quand la nature se baignait dans la clarté de lune, le mystérieux étranger promenait sa barque sur la rivière argentée, chantant ses chansons d’amour et de bonheur. Et alors, comme la belle My-Nuong se sentait misérable.

     

    « Oh ! Si seulement je pouvais contempler son visage pendant un moment, et écouter ses chansons de plus près ! » pensait la belle lady.  « C’est la seule chose dans ce monde que je désire ! »

     

    Et elle devenait de plus en plus faible et tombait sérieusement malade.

     

    Quand ses parents voyaient que ses larges yeux devenaient de plus en plus tristes sur son visage pale, ils frissonnaient de peur. Les medecins étaient vite appelés à son chevet, mais plus elle prenait de médicaments, plus son état devenait grave.

     

    Quelle pouvait donc être cette maladie ? Peut-être, quelques puissants Esprits, jaloux de sa beauté, projetaient-ils de l’arracher de ce monde.  Ses parents aimeraient bien le savoir, ainsi ils rassemblaient ses demoiselles de compagnie et servantes pour leur demander si celles-ci savaient quelque chose concernant l’origine de sa maladie.

     

    Elles ne savaient rien, sauf la plus jeune et la plus intelligente de toutes. Elle regarda par la fenêtre, l’air pensif, contempla la rivière couler paisiblement au loin, puis fit signe de la tête et dit : «  Oui, je crois que je sais.  Notre jeune lady était si joyeuse et insouciante trois lunes avant, mais elle est devenue pensive et triste depuis qu’un certain étranger est arrivé. Il chante chaque soir de belles chansons en promenant sa barque sur la rivière ... là bas.  Ses chansons sont douces, très douces, je vous assure. »

     

    Le mandarin dit « Que l’étranger soit amené ici, et qu’il se marie avec ma fille adorée, si c’est son désir. »

     

    Puis il envoya deux serviteurs chercher l’étranger, un très pauvre pêcheur du nom de Truong-Chi qui vivait dans une misérable chaumière à la sortie de la ville. Truong-Chi fut conduit dans une chambre richement décorée qui se trouvait à l’ouest du Château. Il y avait des canapés en soie, des chaises et des tables artistiquement sculptées, de grands vases en porcelaine ornés de dragons sur les couvercles, et d’autres bibelots en or et en jade.  Il ne savait pas dans la chambre de qui il se trouvait.  Il réalisait seulement que de toute sa vie de dur labeur il n’avait jamais vu d’aussi magnifiques choses.  Mais la plus belle de toutes ces merveilles était la jeune lady qui ressemblait à une fée et qui était étendue sur le lit au milieu de ses couvertures de soie et de velours.  Elle était aussi belle et délicate qu’une fleur.  Dès l’instant où leurs yeux se croisèrent, il sentit qu’il était désespérément amoureux d’elle.

     

    « Comme elle est belle ! » pensa Truong-Chi.  « Elle est adorable au delà de toute imagination.  Suis-je éveillé ou suis-je en train de rêver ? Est-elle réelle, ou est-elle une fée, une immortelle ? Oh, comme j’aimerais qu’elle me fasse un sourire.  Puis, je pourrais chanter des chansons d’amour pour elle, des plus belles chansons que j’aie jamais encore composées. Et puis – oui, et puis peut-être quelque chose pourrait se produire , sinon pourquoi suis-je amené ici. ? Peut-être quelque chose encore plus excitant, plus splendide va se produire    comme un mariage par exemple.  Oh ! je souhaite que je puisse arrêter cette vibration de mon cœur. Je ne sais pas ce qui provoque cette douleur dans mon cœur. »

     

    Mais My-Nuong, voyant son visage simple et ses haillons, se souvint de l’image d’un prince charmant qu’elle se faisait de lui, fut prise d’un fou rire.  Et avec ce rire,  elle fut guérie de son mal d’amour.

     

    Truong-Chi, au contraire, devenait très triste et mélancolique quand on le ramena chez lui.  

     

    « Chante la gloire de ta jeunesse et la profondeur de ton amour » lui dit le rayon de soleil.

     

    Mais, chanter, il ne pouvait plus.  Il devenait de plus en plus triste. Il délaissait son travail et ses activités de tous les jours, et devenait de plus en plus faible jusqu’à l’évanouissement. Jour après jour, il gisait là, dans sa pauvre chaumière, pensant et s’abandonnant au désépoir. Il souhaitait revoir My-Nuong pour lui dire combien il l’adorait, mais il savait que cela était impossible. La douleur dans son cœur se faisait de plus en plus poignante.  Il savait qu’il ne pourrait plus jamais la revoir dans cette vie, ni les saules pleureurs ni les fleurs dans son jardin, et peut-être  pas même le soleil.

     

    Truong-Chi soupira « C’était si agréable quand j’étais libre et heureux, chantant et me réjouissant de la vie.  Maintenant, tout cela est du passé.  Cependant, je suis le plus chanceux des mortels, car j’ai vu la plus magnifique créature que la terre ait pu porter. Et je vais emporter avec moi, dans ma tombe, l’image de ma première et dernière rencontre avec elle, quand je mourrai. »

     

    Un matin, on le trouva mort dans sa misérable chaumière.

     

    On l’enterra à proximité. La rosée pleurait sur sa tombe. Le vent attristé de son destin, murmurait son histoire d’amour aux fleurs, et les arbres inclinaient leurs têtes par chagrin en laissant échapper des soupirs.

     

    Des années passèrent.

     

    Un jour, on déterra sa tombe, pour déplacer ses cendres.  Tous ceux qui étaient présents virent à la place de son cœur un superbe cristal d’une pureté et d’une beauté incomparable. Son cœur s’était tout simplement cristalisé en pierre. Connaissant sa triste histoire d’amour, ils le prirent, le portèrent au Château et le présentèrent au mandarin.  Celui-ci le fit tailler en une superbe tasse de thé, qui présentait une curieuse caractéristique. Chaque fois que du thé y était versé, l’image de Truong-Chi apparaissait au fond du liquide ambré.

     

    Quand My-Nuong vit le visage de Truong-Chi au fond de sa tasse, des souvenirs du passé resurgirent à flots.  Elle se souvint de la triste histoire    l’histoire d’un amour sans retour.  C’était elle qui se languissait de lui, et l‘avait fait amener devant elle, et c’était elle qui l’avait envoyé à sa mort. Une larme de regret roula sur sa joue et tomba dans la tasse, qui soudain,  disparut.

     

    On pensait que même une larme de la part de sa bien aimée, était suffisant pour calmer l’âme agitée de Truong-Chi, car maintenant que la « dette d’amour » était payée, le « Cristal d’Amour » n’avait plus aucune raison d’exister.

     

     

    *** 

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Vendredi 5 Mars 2010 à 07:26
    Encore, encore !
    J\'ai lu aussi ce conte, j\'y ai pris aussi beaucoup de plaisir. Dès que possible je ferai circuler l\'URL de votre site. Surtout continuez !
    2
    Mardi 16 Mars 2010 à 18:01
    relecture
    A la relecture de ce conte, malgré toutes ses qualités, je ne peux m'empêcher de regretter l'emploi du mot anglais "lady" qui détonne un peu dans ce conte chinois écrit en bon français. Damoiselle ou demoiselle me semble avec le recul plus approprié ! Ceci dit en toute amitié!
    3
    ikebana
    Vendredi 26 Mars 2010 à 12:57
    le choix du mot
    Je suis d'accord avec Jean-Claude, le mot "Lady" jure franchement avec le reste, et regrette que celui-ci n'ait pas laissé place à "damoiselle", beaucoup plus adapté
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