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Le Manteau en Duvet de Cygne

LE  MANTEAU  EN  DUVET  DE  CYGNE

 

( ou « La Légende de l’Arbalète Surnaturelle »)

 

Kitty

 

 

 

 

Il y a plus de 2000 ans, quand le Viet-Nam était encore appelé Âu-Lac, des pirates venant du Nord avaient l’habitude d’envahir notre pays, de détruire nos rizières, de mettre le feu à nos cabanes, de tuer les gens, d’emporter leur butin, notre bétail, et d’emmener avec eux les belles femmes.

 

Le roi de Âu-Lac à cet époque, An-Duong-Vuong, pour protéger notre pays contre ces pirates. ordonna qu’un rempart soit érigé à la frontière nord du pays. Mais aussitôt que le rempart fut terminé, une grosse tempête se déclencha pendant la nuit avec de fortes pluies, et le réduisit en poussière.

 

Trois fois An-Duong-Vuong fit reconstruire le rempart, trois fois le rempart fut détruit de la même façon.

 

A la fin, un conseil des ministres fut réuni, et un de ces ministres, plus au fait des problèmes que les autres, se leva et se prosterna devant le Roi:

 

« Que Le fils des Cieux veuille bien écouter mon humble opinion,» dit-il. « Puisque le rempart a été détruit à chaque fois de la mêm façon, cela devrait signifier que les Dieux sont fâchés contre nous.  Essayons de les calmer par des offrandes et de faire des sacrifices de buffles et de vaches et demandons leur aide et conseil. »

 

Il y eut un murmure général d ‘approbation de toutes les autres personnes présentes. Un autel fut érigé tout de suite, avec des sacrifices comme proposé. Le roi lui même s’était mis à jeûn pendant trois jours de suite, et se prosternait pendant tout ce temps devant l’autel et demandait de l’aide aux Dieux.

 

Finalement un génie apparut au Roi pendant son demi-sommeil sous la forme d’une Tortue d’Or.

 

« Fils des Cieux, et Roi du royaume », dit la tortue avec une voix humaine, « vos prières ont été entendues par les Dieux qui sont assez miséricordieux pour m’envoyer vous aider » Puis la Tortue patiemment expliqua au roi comment il fallait ériger le rempart.  Quand il se réveilla le lendemain, le Roi se souvint clairement de ce qu’il avait apris et ordonna que le rempart soit érigé exactement comme la Tortue lui avait conseillé. Et un solide rempart fut enfin construit, il avait la forme spirale d’une coquille, et le Roi le nomma « Cô-Loa ».

 

Puis la Tortue apparut de nouveau au Roi dans son sommeil et dit : « Ce pays est plein de rivières profondes et de montagnes imposantes, où les esprits aiment habiter. Ces esprits sont parfois malicieux et aiment jouer des tours aux êtres humains pour démontrer leur pouvoir. Pour les empêcher de vous nuire laissez-moi vous offrir une de mes griffes que vous utiliserez comme une gachette d’une arbalète, vous ferez fuir les mauvais esprits, et en plus vous pourrez tuer une armée entière dans une bataille.»

 

Oh ! Comme le roi fut heureux et reconnaissant quand il se réveilla et trouva la griffe de la Tortue bien serrée dans sa main ! Il ordonna que soient façonnées une belle arbalète avec du plus beau bois et avec la griffe sacrée de la Tortue comme gachette, et une belle caisse en cristal pour la contenir.

 

Maintenant, le Roi, rassuré, pouvait se réjouir de la paix et du calme sans aucun souci.

 

A cette époque, la Chine était sous le règne du plus puissant empereur Tân-Thuy-Hoàng, le constructeur de la fameuse « Grande Muraille ». Cet empereur envoyait une rivière d’hommes et de chevaux, déferlant vers le sud de la Chine pour conquérir le royaume Âu-Lac. Mais cette puissante armée fut entièrement réduite en un rien de temps par l’arbalète surnaturelle avant qu’elle n’atteignisse Cô-Loa.

 

Quelques années plus tard, l’empereur Tân-Thuy-Hoàng envoya de nouveau une autre armée de plus de 500,000 hommes, cette fois-ci il la mit sous le commandement du grand et fameux genéral Triêu-Dà. Serpentant vers les vallées, ces soldats arrivèrent des trois côtés, à cheval, à pied, en bateaux, avec des drapeaux flottant dans le vent, des forêts d’armes s’entrechoquant et des officiers aux expressions féroces, chevauchant en avant sur leur chevaux écumants.

 

Le roi An-Duong-Vuong les regarda venir calmement depuis sa fenêtre. Quand les trois colonnes de soldats ennemis se rejoignirent  et se déversèrent comme des essaims de fourmis, près du rempart de Cô-Loa, le Roi prit l’arbalète, visa son tir sur les multitudes de soldats chinois. Twang ! Et instantanément des milliers de soldats ennemis tombèrent au sol raide mort. Le roi tira encore deux fois, et des milliers d’autres tombèrent.  Le reste de l’armée chinoise s’enfuit dans un désordre total, tandis que leurs chevaux, terrifiés, piétinèrent et tuèrent encore des milliers d’autres soldats.

 

Triêu-Dà avait tellement honte et tellement peur qu’il n’osa pas retourner au pays pour rendre des comptes au roi Tân.  Il se retira au Nord de la frontière de Âu-Lac, et pretendit vouloir faire la paix avec le roi An-Duong-Vuong. Pour faire preuve de sa soi-disant bonne volonté, il envoya son fils Trong-Thuy à la cour d’Âu-Lac comme otage. Le roi d’Âu-Lac accepta tout ceci en toute bonne foi et fut assez généreux pour étendre son amitié à l’égard du jeune homme en lui donnant la main de sa fille, la Princesse My-Châu, en mariage. Pendant un temps, les jeunes mariés vivaient un bonheur parfait. La jeune princesse était la beauté et le charme mêmes, et Trong-Thuy tout simplement l’adorait.  Cependant, au fond de son cœur il n’avait jamais oublié la défaite humiliante de son père, et secrètement jurait en lui même d’aider son père à conquérir Âu-Lac un jour.

 

Il cajolait sa jeune et innocente femme, sans cesse la persuadait de lui faire voir la miraculeuse arbelette, jusqu’à ce qu’elle lui cédât. Puis il vola la griffe sacrée et secrètement la remplaca par une fausse.

 

Un jour il obtint la permission d’An-Duong-Vuong de retourner dans son pays pour rendre visite à son père Triêu-Dà. La Princesse My-Châu, affolée de la decision de son mari, se jeta à ses pieds en pleurant:

 

« Je vous en prie, mon Seigneur, » implora-t-elle, « cette malheureuse personne devrait-elle  rester seule durant des mois, et peut être des années ?  Il y a beaucoup de hautes montagnes et de profondes vallées qui séparent nos deux pays et qui sait ce qui pourrait arriver à mon Seigneur pendant ce long et dangereux voyage ? Comment pourrait-elle retenir ses larmes devant la perspective d’une si longue séparation ? Hélas !  Le Berger et la Princesse dans le royaume des Cieux pouvaient encore se voir sur la Rivière d’argent (la voie lactée) une fois par an, mais pourrions-nous nous voir de nouveau ? »  Et la princess pleura de plus belle.

 

« Est-ce que ces pleurs conviennent à la plus belle Princess du royaume, fille du Dragon ? » Trong-Thuy lui répondit, essayant de la calmer.  « Bien sûr, votre indigne serviteur va revenir à vous et puis nous serons réunis de nouveau et vivrons ensemble aussi heureux qu’avant ».

 

Mais la Princesse continuait à pleurer, car elle préssentait un grand malheur. 

 

« Que La Belle princesse, Fille du Dragon, daigne se souvenir que je vous ai offert cet hiver un manteau en duvet de cygne », dit Trong-Thuy. « Si jamais la guerre éclate entre nos deux pays pendant que votre indigne serviteur est absent, arrachez les duvets de cygne et semez les sur votre route pour que je puisse suivre votre trace et vous retrouver.»

 

La séparation fut déchirante, et après encore énormément de larmes, et de serments répétés d’amour et de dévotion, Trong-Thuy partit avec une douleur poignante dans son cœur, car il aimait la Princesse, et devait la trahir de façon ignoble pour son père et pour son pays.

 

Quand Triêu-Dà obtint la griffe sacrée, il fut fou de joie. Sans plus attendre, il conduisit une puissante armée vers Âu-Lac.  Le soleil scintillait sur les lances et éperons bien lustrés des soldats chinois. Leurs drapeaux multicolores flottaient dans le vent. L’armée se frayait un chemin hors du territoire de Tân comme un gigantesque serpent. Les battements des tambours de guerre réverbérèrent à distance comme les grondements de la foudre. An-Duong-Vuong et sa fille etaient entrain de jouer aux échecs ensemble, quand le gardien de la tour de contrôle arriva en coup de vent et se jeta par terre à leurs pieds, haletant:

 

« Fils des Cieux et Fille du Dragon, les ennemis arrivent ! »

 

« Qu’ils arrivent ! » dit le Roi, éclatant de rire à la pensée de ces hommes braves mais fous qui allèrent à leur mort certaine. « N’aie pas peur, ma fille bien aimée, l’arbalète sacrée va encore une fois faire ses miracles. »

 

Mais, malgré plusieurs flèches tirées, les ennemis continuèrent à déferler comme un raz-de-marée dévastateur.  Comme les grondements des troupes sonnèrent de plus en plus près, le Roi prit peur, il sauta sur son cheval, mit sa fille derrière lui, et ainsi ils s’enfuirent hors de la capitale, vers le sud.

 

Traversant plusieurs champs, marais et forêts, ils chevauchèrent, et chevauchèrent. Mais chaque fois que le Roi ralentissait le galop pour reprendre le souffle, il entendait le bruit des ennemis qui le poursuivaient, alors il forçait encore son cheval de plus belle. C’était bien sûr, le bruit du galop de Trong-Thuy qui essayait de suivre la trace des duvets de cygne semés par la  Princesse My-Châu.

 

En avant galopa le cheval, emportant le père et la fille encore toujours plus loin, jusqu’au moment où ils arrivèrent au bord de la mer. Pas l’ombre d’un bateau à l’horizon.  Où pourraient ils aller maintenant ? Le roi leva la tête et implora le ciel dans un désespoir absolu :

 

« Oh, Dieux ! M’avez-vous donc tous abandonné ? Et vous, Tortue d’Or, Où êtes vous ? Je vous en prie, venez à mon secours ! »

 

Hors des profondeurs de l’océan, la Tortue d’Or apparut et dit :

 

« Méfiez-vous de l’ennemie qui est derrière vous ».

 

Le roi se retourna et ne vit personne d’autre que sa fille. Le Roi sortit son épée, l’enfonçat en plein cœur de sa fille, lui coupa ensuite la tête qui roula au sol et qui resta entre les nombreux galets balayés par les vagues. Puis le Roi calmement suivit la Tortue et entra dans l’océan.

 

Quand Trong-Thuy arriva et trouva le corps de la Princesse, il pleura amèrement, emporta le corps de sa femme à la capitale pour l’enterrer.  Puis ne pouvant plus supporter sa grande misère, il se suicida en se jetant dans le puits, pourque son âme puisse aller dans l’autre monde avec sa bien-aimée car il l’aimait profondément.

 

Le sang de la Princesse balayé par les vagues de la mer était absorbé par les nombreuses huîtres, qui, depuis ce temps produisirent de magnifiques perles. La légende voulait que ces perles deviennent encore plus brillantes si on les lavait dans l’eau du puits où Trong-Thuy s’était noyé lui même.

 

Maintenant, nous pouvons encore voir un petit autel érigé près de la place où My-Châu était morte. Et après plus de 2000 ans, les gens vénèrent encore la mémoire du Roi An-Duong-Vuong à Cô-Loa, dans le Nord du Viêt-Nam.

 

 

***

 

(D'autres légendes en page 2)

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